Intervention de Mélanie Perrier lors de la Journée d'études à la Briqueterie, CDCN Vitry sur seine dans le cadre du pôle Danse & soin.
1.la question des espaces
A la différence d’espace plus spécifiquement réservés (théâtre, studio..) à des ateliers de danse, la question de l’espace dédié par le lieu d’accueil est d’emblée un territoire symbolique à créer et à conquérir, car il ne va pas de soi. Il va de fait délimiter la valeur tant symbolique que pratique de l’atelier proposé.
Par le choix de l’espace de l’atelier c’est son paradigme qui se délimite : Faire faire / faire voir/ faire expérience.
Cette question de l’espace pose par conséquent la question du public dès lors que l'on se situe dans un espace usagé : Cet atelier au cœur de la vie d’un lieu doit il être préservé de l'agitation du lieu et des regards ou se fait il à même son usage et ses flux ? cela revient également à s’interroger sur qui fait l’expérience et qu’elle expérience ?
Dès lors (se) construire un espace spécifique pour l’atelier revient à s’interroger sur la gestion et la prise en compte des interférences possibles ( intrusions,arrivées intermittentes, danser en public, contamination/superposition sonore..)
Pour ma part, concernant le projet en HP l'établissement été doté d'un espace spécifique Les patients participants pouvaient circuler, aller et venir mais il n’y avait pas de “public”. ( il n’y en a jamais eu). Pas de pavillon en particulier donc, ni de chambres ou de couloir, mais un espace « neutre » à construire ensemble, préservé du flux hospitalier.
Pour moi l’absence de public et l’implication obligatoire de chaque personne présente dans l’espace de l’atelier peut préserver l’expérience de chacun (celle d’un faire pour soi et avec l’autre) et la possibilité de s’y investir en dehors des regards.
2. Relation artistique, pédagogique aux patients ?
Pour moi, ma relation n’est pas thérapeutique (pas les compétences et ni de formation préalable par l’équipe soignante). je dirais que la relation à construire et qui se construit est déjà plus individuelle avec chaque patient participant-es avant d’être collective, de par l’écoute spécifique qu’il est nécessaire de développer. Cela amène à s’interroger à la place du « prendre soin » particulier dans ce contexte et à la limite entre la bienveillance et l’infantilisation des participant-es.
Ma relation / Le prendre soin
La difficulté me semble t-il est de ne pas adopter une posture ascendante et de rester vigilente à la nature du dialogue.
- Quelle nature et degré de variations du discours d’adresse( comment je m’adresse aux participant-es ? quel mot, quel ton, débit..)
- Continuer de se placer comme danseuse participante si besoin
- Ne pas être celle qui évalue ensuite ou pendant les propositions dansées.
Il ne s’agit pas pour moi de faire faire ou fabriquer de l’art avec ces patients à proprement parler, il s’agit plutôt de faire résonner des propositions artistiques dans un autre contexte.
Comment
J’apporte donc des invitations, protocoles à activer et à faire vivre par chacun et non du mouvement à faire ou à regarder.
Qui danse ?
Les corps dansants sont ceux des participant-es.
Il est à ce titre important pour moi de toujours ( et en particulier dans cet atelier), inviter à participer tant les patients résidents, que le personnel soignant et lesmembres de l’équipe du 3bisf. Chacun devant se retrouver non plus à partir de sa posture initiale mais de construire à chaque fois une relation de partenaire dans la danse.
Les modalités de l’atelier sont directement organisés pour mettre en place des duos successifs et alternants afin que chacun-e puisse aller à la rencontre de l’autre dans et parla danse.
Les propositions dansées faites à l’ensemble des participant-es deviennent incitateurs d'autres regards à porter sur soi-même et sur l'autre.
Ainsi espérait on un déplacement du "Regarder l'autre"et « être en relation à l’autre » comme apport principal de ce type d'atelier. L’angle de mon travail artistique étant précisément sur les relations à l’autre, l’enjeu de ce travail d’atelier dans ce type de contexte est de fait de venir déplacer les modes de relation entre soignants/soignés.
Cela déplace aussi le paradigme de la danse, ici non plus une danse qui donne à voir mais qui s’expérimente dans sa capacité à faire relation.
Il s’agit pour moi de penser le corps comme un système de relation .
J’aimerais finir par une citation de Michel Bernard : « au lieu de programmer une action sur un corps dont on a estimé par avance les modalités fonctionnelles, on joue, comme le préconise Bachelard, suret avec les incertitudes et les contingences d’un vécu relationnel et donc de la temporalité d’une expérience."
Le contenu de l’atelier
Ainsi donc j’ai proposé d’organiser les différentes propositions autour de la formalisation du lien ( à 2 ou en groupe) ( être attaché, le maintenir, le tester)
Les propositions et la pratique se devaient d’être courtes, (moins de 10’ à chaque fois) face aux difficultés d’attention de certains patients.
J’ai également ritualisé à l’issue de chaque jour des récits d’expériences en forme de schéma/dessin (considéré également comme une pratique de mise en lien et de dialogue à partir de la danse, qui s’est révélé très riche.
Apports
En dépit des difficultés de concentration et variations d’états des patients d’un jour sur l’autre, l’atelier a été pour certains un lieu où ils ont pu :
- tester de nouveaux types de rapport et relation à l’autre (y compris avec des soignants ou membre de l’équipe du 3bisf), par le corps, le toucher,
S’autoriser à, pouvoir changer de posture et être actif vis à vis de l’autre.
- rentrer dans une danse à deux et dans l’observation de la danse de l’autre
- réévaluer son rapport à la danse, par l’implication d’un vocabulaire propre et ancré à une expérience perceptive et sensorielle
- Quelles sont nos danses dans ces espaces? écouter, prendre soin, prendre contact, accueillir, déplacer,exploser...
apporter un regard poétique et différents sur des gestes quotidiens/ réintroduire du sensible et de nouvelles pratiques d'approche de l'autre pour les patients.”nos danses” dans ces espaces permettent de créer de nouveaux espaces et temps relationnel.